portrait de hugo DUVAL
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hugo DUVAL, fondateur de Breen

Le Mans


Hugo Duval, il cartonne


Normand d’origine, Hugo Duval a posé ses bagages en Sarthe dans les années 2010. Après plusieurs années à travailler pour l’industrie du téléphone, il fait le pari du carton et créer en 2015 Breen. Aujourd’hui âgé de 43 ans, lui et son équipe imaginent et conçoivent du mobilier et des stands sur mesure en carton pour les professionnels. 


    Un parcours industriel
Diplômé d’un BTS en conception industriel, il rejoint après ses études un grand nom de l’industrie du téléphone. Il y connait une évolution rapide, passant entre autre de chef de projet à directeur d’usine à Timişoara en Roumanie. C’est au cours de ces années passées dans l’industrie du téléphone mais aussi de la cosmétique et au gré de nombreux déplacements en Asie qu’il découvre une face bien moins glorieuse de ce secteur d’activité tant au niveau de la production que de la commercialisation des produits (pollution, exploitation, salaires très bas…). Une chose est sûre, il veut autre chose pour sa 2ème partie de parcours. « J’ai toujours inculqué à mon enfant que le partage, penser aux autres…étaient des valeurs importantes et un jour mon fils, qui grandissait alors à l’époque en Roumanie m’a dit : mais à quoi ça sert tout ça ? Il fallait sortir du discours et passer à l’acte. » Il quitte la Roumanie et un salaire confortable pour revenir en France et se lancer dans un tout nouveau projet.
    Une soif d’entreprendre
Certaines personnes ont un fort appétit pour entreprendre, c’est le cas d’Hugo Duval. Son premier employeur le lui avait annoncé, « un jour tu seras entrepreneur ». Mais que faire ? Il se demande ce qu’il peut apporter, alors il cherche. Il remplit des carnets d’idées, de dessins, se pose des questions, « pourquoi les poteaux EDF ont cette forme, pourquoi la fourchette a 4 piques et non 5 ? Rien n’est fait au hasard ». Un jour, il a l’idée. L’idée d’un tabouret. Parce qu’Hugo Duval est, en plus d’être un entrepreneur, aussi un motard. Et chaque année il se rend aux 24h motos avec l’un de ses amis, et à la fin de chaque édition, le dimanche soir, autour d’une bière ils font le même constat : « On ne peut pas s’asseoir. Peut-on s’hydrater sur place ? Oui. Mais on ne peut pas se poser, à part dans les cailloux ». Alors certes, ils sont jeunes, ils sont sportifs, mais passer tout un weekend debout cela reste éprouvant. Il lui faut donc créer un produit utile pour cela, utile pour un grand nombre mais qui soutient aussi l’économie locale, l’économie du territoire. Il se demande comment faire asseoir les gens lors d’un événement, avec une solution écolo et pratique ? Est-ce que les circuits courts sont réservés qu’aux carottes et aux courgettes ? Il faut créer un produit qui englobe tout ça. Il pense alors à un tabouret.
Une matière : le carton
Un tabouret, c’est bien, on a l’objet mais on le fabrique en quelle matière ? Et quelle est la matière qui est disponible partout dans le monde, qu’on puisse collecter facilement, dont la production est simple et surtout qu’on puisse recycler ? « Pas le plastique, je viens de l’industrie, j’ai vu, je connais, on ne recycle que 15% du plastique en Europe. C’est le carton. Le carton a 250 ans, on connait et on maitrise parfaitement le processus de découpe depuis plus de 100 ans, on n’a pas de surprise à la production. Le carton est une matière luxueuse, il est recyclable à l’infini ou presque ». Un tabouret, du carton, l’aventure Breen est lancée. Il conçoit chez lui son premier prototype au cutter. Le HTab est né, nous sommes alors en 2015. Pliable, il se monte en 10 secondes, pèse 400 grammes et grâce à quelques astuces brevetées, il supporte un poids de 340kg. Cependant, le HTab n’as pas rencontré immédiatement le succès et il y eu de nombreux obstacles. « Lorsque j’ai présenté mon tabouret les premières fois, on m’a ri au nez, personne n’y croyait ». Après beaucoup de travail et de détermination il développe sa gamme : canapés, tables basses, structures décoratives…et ce, toujours avec le même concept, simple à utiliser, facile à transporter, pliable, résistant et toujours en carton.
Du made in ici
Le concept du mobilier en carton, c’est très bien, mais le carton, il vient d’où ? « L’ADN de Breen est la responsabilité sociétale, oui Breen est une SAS et on pense de suite capitalisme. Mais nous fonctionnons avec les productions locales, nous n’importons pas du carton d’Indonésie ou d’ailleurs ». Le travail de Breen : ils coordonnent la production et la conception. Les tabourets, tables, canapés sont produits sur place à l’endroit de l’événement en partenariat avec l’unité de production de carton la plus proche « nous faisons du made in ici. On ne travaille pas avec des fournisseurs mais avec des partenaires, c’est du partenariat à deux sens ». Leurs produits, ils se montent, se démontent, il n’y a pas d’usage unique. Et d’ailleurs, pourquoi ce nom, pourquoi Breen ? « C’est la contraction de Brown, le marron du carton et de Green pour l’éco-responsabilité ».
Et puis arriva le Covid
En une semaine, plus de commandes. Le monde s’arrête, encore plus le monde de l’événementiel. « J’avais tout imaginé pour mon entreprise, mais pas ça ». Mais pas de quoi se laisser abattre, Hugo Duval et son équipe utilisent cette épreuve pour se challenger, « que pouvons-nous faire pour être utile » ? Ils imaginent alors une poignée en carton qui se clipse pour ouvrir les portes. Ils créent un prototype, réalisent les phases de test, tout cela suscite un intérêt fort de la part de Carrefour et Leclerc, il y a tout un engouement médiatique autour de ce « produit miracle » et puis tout s’arrête. « A l’époque on pensait à tort que le covid restait sur les surfaces et non dans l’air, puis les gens on crut que le covid était terminé ». Après cette idée, ils ont travaillé sur l’étui en carton pour masque mais ils en ont surtout profiter pour se diversifier. Aujourd’hui Breen ce n’est pas que du mobilier en carton, c’est aussi du lettrage pour les halls d’accueil et du packaging de produits.
Quel avenir pour Breen ?
Breen veut devenir leader de solutions écoresponsables d’ici 4 ou 5 ans et développer des « business units » en Espagne, dans le nord de l’Europe et au Canada. « L’avenir est brillant en carton, on est pile dans l’axe 100% made in France, 100% recyclable ». Avec la reprise de l’activité événementielle c’est tout ce qu’on peut souhaiter à Breen et son fondateur Hugo Duval : des salons et du carton.