portrait de Cassandra BOURMAULT
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Cassandra BOURMAULT, agricultrice

Luché-Pringé


La paille de seigle pour remplacer les pailles en plastique dans un quotidien zéro déchet.


En créant une société familiale pour mener à bien leur projet Végépaille, Cassandra Bourmault, accompagné de sa famille, concrétise une idée lumineuse : fabriquer de façon industrielle des pailles à boire à partir d’une céréale de seigle cultivée sur l’exploitation familiale à Luché-Pringé et Mansigné. D’un résidu végétal, utilisé ordinairement comme litière pour animaux, l’entreprise le transforme en un accessoire durable et recyclable. 


En créant une société familiale pour mener à bien leur projet Végépaille, Cassandra Bourmault, accompagné de sa famille, concrétise une idée lumineuse : fabriquer de façon industrielle des pailles à boire à partir d’une céréale de seigle cultivée sur l’exploitation familiale à Luché-Pringé et Mansigné. D’un résidu végétal, utilisé ordinairement comme litière pour animaux, l’entreprise le transforme en un accessoire durable et recyclable. 

Cassandra Bourmault est une jeune agriculture et entrepreneuse de 27 ans. Née dans une famille d’agriculteurs, elle s’est orientée dans un 1er temps vers un Bac pro commerce, en alternance dans une épicerie fine du Mans. La jeune femme a poursuivi ses études en BTS agriculture puis achevé sa formation par un Bac pro Conduite et gestion de l’entreprise agricole (CGEA) par correspondance avec l’idée d’obtenir un diplôme en agriculture dans l’optique de s’installer plus tard en agriculture. 

Ses parents, Philippe et Maryline, exploitent 250 hectares à Mansigné, élèvent 150 bovins, et possèdent 6 poulaillers de Loué ainsi qu’1 bâtiment de poules pondeuses. Ils ont toujours privilégié la diversification des filières de production. « Pour ma part, je me suis installée en 2017, dès l’âge de 23 ans sur 100 hectares, à Luché-Prinché dans le sud de la Sarthe, près de la Flèche : essentiellement des génisses à l’engraissement et un bâtiment de poules pondeuses. » précise Cassandra. Mais notre jeune entrepreneuse travaille en famille avec ses parents et son frère même si 2 sociétés existent : celle de ses parents et de son frère l’EARL de l’Étang et la sienne : l’EARL du Veau. Nous faisons par exemple du maïs semence pour lequel nous employons 80 jeunes l’été, des carottes pour Bonduelle, et du quinoa en complément des cultures traditionnelles comme le blé, le seigle, le colza et le maïs. 

    Trouver une alternative industrielle au paille en plastique

Un jour en 2019, une entreprise, un grossiste précisément, qui savait que nous produisions du seigle nous a contactés pour l’aider à rechercher un transformateur de paille de seigle.

« Depuis au moins 4 générations, ma famille produisait du seigle qui servait uniquement à l’alimentation et au paillage des bêtes, bovins et volailles ». Il cherchait une société capable d’automatiser la découpe des pailles de seigle afin de trouver une alternative biodégradable aux pailles en plastique, largement utilisées dans les restaurants, les fast-food et les grandes surfaces.

Notre exploitante s’est renseignée alors auprès d’un ESAT, entreprise de travail adapté, qui faisait déjà de la transformation de ces pailles mais la découpe devait se faire à la main. Or ce procédé particulièrement fastidieux et totalement artisanal ne permettait pas de répondre totalement à la demande de l’entreprise.

 « Il faut savoir que pour produire 200.000 pailles à la main, il faut 80 personnes », tempère Cassandra, « Mais ça m’a donné envie de creuser et j’ai découvert qu’il existait bien des producteurs de pailles végétales mais celles-ci étaient toutes transformées à la main et que personne n’était en mesure de répondre à des grosses commandes…de grands magasins par exemple. Aucune solution technologique en France n’avait été pensée pour fabriquer un produit biodégradable en quantité industrielle." Pas si simple en réalité comme problématique, car pour développer un prototype fiable, il faut si connaitre autant en agriculture qu’en industrie. « Sur l’aspect agronomique, on a vraiment beaucoup travaillé » précise Cassandra. « Aujourd’hui, on a un produit, qui sorti de champ, répond déjà aux normes, sans produits chimiques ni pesticides. »

    Végépaille est né

De là en 2020, a germé en Cassandre et sa famille une idée lumineuse de créer leurs sociétés pour transformer les brins de seigle de l’exploitation familiale en pailles à boire d’autant plus que peu de temps après, le 1er janvier 2021, nombres d’objets plastique, comme les pailles, cotons-tiges, gobelets et autres ustensiles jetables allaient être interdits de toute commercialisation. L’entreprise familiale SAS Bourmault créée, le projet Végépaille pouvait prendre racine.

« Ce projet est devenue une solution idéale pour valoriser notre production de paille destinée principalement à la litière pour animaux » précise notre entrepreneuse enthousiaste. « De plus, il s’inscrit pleinement dans une démarche environnementale responsable. Le seigle est une céréale qui demande peu d’eau, contrairement à du maïs par exemple, résiste très bien aux maladies, et donc peu dépendantes des produits phytosanitaires. En plus, la paille végétale est une réponse à l’un des principaux combats des défenseurs de l’environnement. En effet, les pailles en plastique représentent 0,025% des déchets entrant dans les océans mais sont classées septième dans le top 10 des objets les plus souvent retrouvés sur les plages. Leurs longues durées de vie et leurs formes en font des objets particulièrement dangereux. Selon le World Economic Forum, d’ici 2050, il y aura plus de pailles dans les océans que de poissons.

    Des innovations techniques

Pour obtenir un produit fini apte à être mis en marché en quantité industrielle, plusieurs années de recherche ont été nécessaires. Il a fallu dans un premier définir un prototype définissant la partie de la plante dont le diamètre était compatible avec l’usage souhaité. « J’ai eu beaucoup de difficultés à trouver une entreprise en mesure de fabriquer une machine capable de transformer le brin de seigle en paille à boire selon nos critères retenus. Une seule a répondu, elle est située dans le Nord de la France. Son bureau d’études a conçu des plans et ce fameux prototype capable de produire ces pailles à boire dont la fabrication reste bien sûr secrète. Il a fallu aussi rechercher des investisseurs prêts à les accompagner, principalement des amis et des connaissances. « Les Business Angels n’ont pas été vraiment intéressés par notre idée…trop agricole selon eux ». 

Pour cela, sa petite entreprise a investi près de 700.000€ pour développer ce projet dont cette machine. « A terme, on espère en fabriquer 6 exemplaires pour être en capacité à répondre aux demandes ». Pour développer son projet innovant, Cassandra a bénéficié heureusement du soutien du Conseil départemental de la Sarthe (10 000 €), de la Banque Publique d’Investissement (BPI), et de la Région. En décembre 2020, le projet Végépaille a été récompensé lors du Concours Vegepolys Valley 2020-2021, au même titre que 3 autres startups pour son innovation en faveur de la production végétale de demain. Elle a reçu 10.000€. Cassandra a reçu aussi le prix espoir start up, dans le cadre du Prix de l’Initiative, un concours organisé par le Crédit Agricole Anjou Maine destiné à soutenir des projets de jeunes étudiants : 1000€ supplémentaires lui ont été attribués, preuve que son idée ne demander qu’à germer. Elle est aussi accompagnée par Village by CA installé à La Ruche du Mans.

    Une entreprise en pleine croissance

La production a débuté fin 2021, au rythme minimum de 8 millions de pailles sur une année complète. L’industrialisation de la fabrication va s’intensifier. « Nous prévoyons de produire environ 50 millions de pailles d’ici 5 ans avec nos 6 machines pour une demande annuelle actuelle de 3,2 milliards en France. Nous avons recruté 6 salariés habitués à travailler au rendement sur des machines pour débuter l’activité ». L’acquisition de chaque nouvelle machine, 1 par an selon le plan de marche, supposera la création de 2 nouveaux emplois au minimum.

Malgré tout, Cassandra et sa famille gardent la tête froide de façon à franchir les étapes progressivement. « Il faut déjà lancer le commerce. J’ai déjà des demandes de plusieurs centaines de milliers de paille par mois » précise-t-elle.

Le piège serait d’investir trop massivement pour répondre à la demande et de mettre son entreprise en péril face à une prise de risques excessive.

Cassandra et sa famille mettent aujourd’hui toutes leurs énergies pour que la petite entreprise ne soit pas qu’un feu...de paille. La société est amenée à se développer et l’obligera à quitter ses bureaux actuels situés sur l’exploitation pour déménager dans des locaux plus grands à l’avenir, faute d’espace. Malgré tout, Cassandra veut mettre un point d’honneur à conserver des emplois et générer de l’activité économique en proximité.


Végépaille


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